Atrophie cognitive : notre tête ne repousse pas à l'infini comme dans Men in Black
Ma première conversation avec ChatGPT, c'était pour interpréter un rêve. Ce moment anodin m'a menée vers une question bien plus vertigineuse : et si l'IA générative était en train de nous rendre moins intelligents ?
Ma première conversation avec ChatGPT, c'était pour interpréter un rêve que j'avais fait. C'était fin 2025 soit bien après le lancement de ChatGPT. Pourquoi ce moment-là précisément ? Je n'ai toujours pas vraiment la réponse. Par flemme de chercher sur Google, peut-être, ou de trouver un livre d'interprétation des rêves. Cette question m'a menée vers une autre question bien plus vertigineuse : et si l'IA générative était en train de nous rendre moins intelligents ? C'est la question que pose Ioan Roxin.
Ioan Roxin, professeur émérite à l'université Marie et Louis Pasteur Polytechnique Insights, juillet 2025 Lien : https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/neurosciences/ia-generative-le-risque-de-latrophie-cognitive/
L'utilisation massive d'Internet et des réseaux sociaux avait déjà fragilisé notre rapport au savoir. L'effet Google, documenté dès 2011, montrait que nous mémorisons moins bien ce que nous savons pouvoir retrouver en ligne. L'IA générative accélère ce phénomène à une vitesse inédite. Ioan Roxin parle de médiocrité intellectuelle, émotionnelle et morale. Des mots forts, mais étayés.
Une étude du MIT menée sur 54 participants a mesuré l'activité cérébrale par EEG lors de la rédaction d'essais sans aide, avec Internet, ou avec ChatGPT. Résultat : ceux qui utilisaient ChatGPT rédigeaient 60% plus vite, mais leur charge cognitive pertinente : l'effort intellectuel nécessaire pour transformer une information en connaissance chutait de 32%. Plus troublant encore : 83% d'entre eux étaient incapables de se souvenir d'un passage qu'ils venaient d'écrire. Pas dans une semaine. Juste après.
42% des jeunes Français utilisaient l'IA quotidiennement en juillet 2025 selon le baromètre Born AI. Un an plus tard, selon une étude Ipsos-CESI, on est à 74% chez les plus jeunes adultes, 55% chez les 25-34 ans, 39% chez les 35-44 ans, et 17% seulement chez les 60-75 ans. Je suis quarantenaire et me situe donc dans la tranche qui utilise encore peu, mais qui commence. Et les plus âgés dans tout ça ?
Cela m'interroge sur ma propre utilisation. Depuis longtemps je critique certaines émissions TV en m'insurgeant : "si je regarde ça, je vais perdre des neurones." Eh bien là, ce n'est plus une expression ou une blague. L'article parle de "dette cognitive"comme sur un compte bancaire en quelque sorte, sauf que l'impact est direct sur ta santé mentale : baisse de confiance en soi, créativité au placard, pensée critique qui s'érode.
L'IA générative est un gain de temps incontestable, à condition de savoir bien l'utiliser et de garder son œil critique ainsi que son libre-arbitre. Deuxième effet Kiss Cool si on pense collectif : cette atrophie cognitive individuelle appauvrit la diversité de la pensée. Des chercheurs britanniques ont montré que lorsque des auteurs demandent à ChatGPT d'améliorer leurs textes, le gain individuel peut être réel mais la créativité globale du groupe diminue. On s'uniformise sans s'en rendre compte.
Comment accompagner les publics qui n'ont pas encore le recul ou la conscience émotionnelle nécessaires pour éviter le pire ? Je pense aux plus jeunes, mais aussi aux plus âgés, ceux pour qui cette révolution arrive sans filet.